Traton mise sur les batteries LFP pour ses camions électriques : une révolution en marche
Par Luc Morandini · 3 min de lecture

Sommaire
Un virage stratégique vers les batteries LFP
Niklas Klingenberg, directeur de la recherche et du développement de Traton, vient de lever le voile sur une évolution majeure dans la stratégie batterie du groupe. Après 25 ans au sein du consortium, dont une longue carrière chez Scania, le responsable suédois coordonne désormais la R&D de l'ensemble des marques du groupe depuis 2023.
L'annonce est claire : Traton travaille activement sur des batteries LFP (lithium-fer-phosphate), une première pour le constructeur qui s'appuyait jusqu'ici exclusivement sur la chimie NMC (nickel-manganèse-cobalt). Cette diversification technologique répond à une pression concurrentielle croissante, notamment de la part des acteurs chinois qui maîtrisent parfaitement cette technologie.
Une transition qui demande du temps
« Changer de chimie batterie du jour au lendemain serait impossible », reconnaît Niklas Klingenberg. Le développement de nouvelles batteries LFP nécessite un travail de fond considérable. Cette technologie présente toutefois des avantages indéniables : coût réduit, longévité accrue et sécurité améliorée, même si la densité énergétique reste légèrement inférieure aux NMC.
720 kilomètres d'autonomie : une étape franchie
Les récents progrès en matière de densité énergétique permettent aux camions électriques Scania et MAN d'afficher désormais 720 kilomètres d'autonomie maximale. Cette performance résulte d'une collaboration étroite entre les équipes de développement du groupe et leurs fournisseurs.
Selon le patron de la R&D, cette autonomie répond à un besoin précis des transporteurs :
- Possibilité de rouler au minimum 4h30 sans interruption
- Couverture d'un cycle de conduite journalier complet
- Marge de sécurité en cas de difficulté à trouver une borne de recharge
- Flexibilité opérationnelle pour différents types de missions
Pour autant, 720 kilomètres ne représentent pas une limite absolue. « Il existe probablement des cas où plus de 700 kilowattheures sont nécessaires à bord », admet Klingenberg. Le groupe anticipe des demandes pour des capacités encore supérieures selon les cas d'usage spécifiques.
Une R&D centralisée pour plus d'efficacité
Depuis mi-2025, Traton a consolidé son expertise en recherche et développement au niveau du groupe. Les équipes dédiées aux batteries et systèmes de charge développent désormais des solutions communes pour toutes les marques du consortium à l'échelle mondiale.
Cette approche inter-marques se justifie par plusieurs facteurs économiques majeurs. Les batteries et systèmes de charge nécessitent des investissements considérables et bénéficient fortement des économies d'échelle. La mutualisation permet de réduire les coûts, accélérer l'innovation tout en permettant à chaque marque de répondre aux besoins spécifiques de sa clientèle.
L'électrique prioritaire, mais pas exclusif
Si Traton affiche clairement sa conviction que le camion électrique à batterie représente l'avenir, le groupe explore parallèlement d'autres technologies. Les équipes travaillent notamment sur :
- Des prolongateurs d'autonomie pour réduire les émissions
- Des systèmes de caténaires testés en Suède et en Allemagne
- L'hydrogène pour certains cas d'usage spécifiques
- Le gaz et le biodiesel comme solutions de transition
« À court terme, le gaz ou le biodiesel permettent de réduire les émissions de CO2 immédiatement », explique le dirigeant. Mais à long terme, c'est bien l'électrique à batterie qui constitue la technologie privilégiée, tant d'un point de vue technique qu'économique pour le coût total de possession.
La menace chinoise comme accélérateur
L'arrivée massive de concurrents chinois sur le marché européen n'échappe pas à Traton. « De plus en plus de concurrents entrent sur le marché européen, Tesla comme plusieurs acteurs chinois. Nous nous préparons à affronter cette concurrence », reconnaît Niklas Klingenberg.
Le groupe observe attentivement ce qui se passe en Chine, où il commercialise les marques Scania et MAN. La nouvelle gamme « Next Era » lancée cette année illustre l'importance du marché asiatique, même si elle ne propose pas encore de véhicules électriques.
Pour Klingenberg, la collaboration inter-constructeurs devient cruciale : « En Chine, nous avons rapidement compris à quel point la collaboration est étroite entre la chaîne d'approvisionnement, l'écosystème et les constructeurs. En Europe, nous devons intensifier notre coopération avec les fournisseurs pour faire face à la concurrence qui arrive. Tout l'écosystème européen doit relever son niveau. »
L'échange de batteries ? Pas une priorité
Concernant les stations d'échange de batteries, technologie qui se développe rapidement en Chine, Traton reste prudent. « Ce sont principalement les fabricants de batteries qui poussent cette technologie », note le responsable. Le groupe surveille l'évolution du marché sans en faire une priorité, n'étant pas convaincu que cette solution dominera le marché européen.
Questions fréquentes
Pourquoi Traton se tourne-t-il vers les batteries LFP ?
Face à la concurrence accrue, notamment chinoise, Traton diversifie sa technologie batterie. Les batteries LFP (lithium-fer-phosphate) offrent une alternative moins coûteuse aux NMC actuellement utilisées. Cette transition ne peut se faire du jour au lendemain et nécessite un nouveau développement.
Quelle est l'autonomie actuelle des camions électriques Traton ?
Les dernières générations de camions électriques Scania et MAN atteignent désormais 720 kilomètres d'autonomie sur le papier. Cette amélioration répond aux besoins des transporteurs qui doivent pouvoir rouler au minimum 4h30 d'affilée sans recharge.
Traton mise-t-il uniquement sur l'électrique à batterie ?
Non, le groupe explore plusieurs technologies : prolongateurs d'autonomie, systèmes de caténaires, hydrogène, gaz et biodiesel. Cependant, l'électrique à batterie reste la priorité absolue du groupe pour l'avenir, notamment pour le coût total de possession.
Comment Traton organise-t-il son développement batterie ?
Depuis mi-2025, Traton a centralisé son expertise R&D batteries et systèmes de charge dans une fonction unique au niveau groupe. Cette approche inter-marques permet de réduire les coûts et d'accélérer l'innovation pour Scania, MAN et les autres marques.
Le système d'échange de batteries intéresse-t-il Traton ?
Ce n'est pas une priorité pour le groupe, même si la technologie est surveillée, particulièrement en Chine où elle se développe rapidement. Traton n'est pas convaincu que cette solution dominera le marché européen.



