Le retour du nom Capri dans la gamme Ford a provoqué un véritable séisme parmi les passionnés. Comment oser baptiser un SUV électrique du même nom qu'un coupé sportif mythique des années 70 ? Pourtant, après un essai approfondi de ce nouveau modèle, force est de constater que derrière la polémique du nom se cache un véhicule électrique particulièrement convaincant.
Un choix stratégique controversé mais assumé
Dans un contexte où les constructeurs traditionnels tentent de rivaliser avec les nouveaux acteurs du marché électrique, Ford a fait le pari audacieux de ressusciter des appellations légendaires. Cette stratégie vise à capitaliser sur un héritage historique face à des marques émergentes qui, bien que bourrées de technologies, manquent cruellement de cette dimension patrimoniale.
La transformation radicale est indéniable : là où le Capri original séduisait les conducteurs avec ses lignes sportives et son moteur thermique, cette nouvelle génération adopte une silhouette de SUV coupé et une motorisation 100% électrique. Un changement qui ne fait pas l'unanimité, mais qui mérite qu'on s'y attarde sérieusement.
Une identité partagée avec le groupe Volkswagen
Impossible d'ignorer un élément fondamental : ce Ford Capri repose sur la plateforme modulaire électrique MEB développée par Volkswagen. Cette collaboration inter-constructeurs soulève des questions sur l'authenticité du produit, mais elle permet également de bénéficier d'une base technique éprouvée et performante.
Trois configurations mécaniques adaptées à tous les besoins
Ford propose une gamme échelonnée intelligemment pour répondre aux différents profils d'acheteurs :
La version d'entrée : accessibilité et efficacité
Avec un moteur unique sur l'essieu arrière délivrant 190 chevaux, cette déclinaison intègre une batterie de 58 kWh permettant de parcourir 464 kilomètres. Son tarif de 39 808 euros en fait la porte d'entrée vers l'univers Capri électrique.
Le modèle testé : l'équilibre parfait
La version à propulsion avec batterie étendue constitue sans doute le meilleur compromis de la gamme. Ses 286 chevaux s'appuient sur une batterie de 79 kWh autorisant jusqu'à 627 kilomètres d'autonomie théorique. Un chiffre qui positionne réellement ce Capri comme un véhicule polyvalent, capable d'assumer les longs trajets sans angoisse de la panne. Cette configuration est disponible à partir de 43 908 euros.
Le haut de gamme : puissance maximale
Pour les amateurs de performances, la variante à transmission intégrale développe 340 chevaux grâce à ses deux moteurs répartis sur chaque essieu. Avec sa batterie de 77 kWh et ses 577 kilomètres d'autonomie, elle expédie le 0 à 100 km/h en seulement 5,3 secondes. Le ticket d'entrée : 47 657 euros.



Recharge rapide sur toute la gamme
Concernant la recharge, les capacités varient selon les versions. Le modèle à traction intégrale accepte jusqu'à 185 kW, tandis que les propulsions se limitent à 135 et 145 kW selon la batterie embarquée. Dans tous les cas, il faut compter entre 25 et 28 minutes pour passer de 10 à 80% de charge.
Sur la route : une vraie personnalité Ford
Dès les premiers kilomètres au volant de la version à propulsion et autonomie étendue, un constat s'impose : malgré la base technique Volkswagen, ce véhicule possède indéniablement le caractère dynamique propre à Ford.
Des performances enthousiasmantes
Avec 2 098 kg sur la balance, le Capri RWD affiche une belle vivacité grâce à son moteur arrière qui propulse efficacement l'ensemble. En ligne droite, la puissance se déploie généreusement jusqu'à une vitesse maximale de 180 km/h. L'accélération de 0 à 100 km/h s'effectue en 6,4 secondes, un chrono très honorable qui ne concède que peu de terrain à la version AWD.
Un châssis bien calibré
Contrairement aux modèles du groupe Volkswagen qui misent sur des suspensions adaptatives, Ford a développé sa propre solution hydraulique. Ce choix technique trouve un équilibre remarquable entre confort sur petits défauts et tenue de route dynamique.
Le Capri filtre efficacement les imperfections tout en limitant le roulis dans les enchaînements de virages rapides. Une prouesse compte tenu de la masse importante du véhicule.
Quelques réserves sur la direction et le freinage
Deux éléments tempèrent légèrement l'enthousiasme général. La direction manque de sensibilité et de précision, nécessitant des angles de braquage importants qui nuisent à l'agilité en conduite sportive. Par ailleurs, les freins présentent un point de morsure peu défini, rendant le dosage délicat dans les phases de décélération.
Assistances de conduite performantes
Sur autoroute, le régulateur de vitesse adaptatif se révèle particulièrement efficace. Il anticipe intelligemment les limitations, maintient le véhicule centré dans sa voie avec précision, et gère temporairement la direction dans les embouteillages.
Un habitacle moderne et spacieux
L'intérieur reprend l'architecture du Ford Explorer avec un tableau de bord résolument contemporain qui inspire confiance par sa qualité de construction et sa solidité perçue.
Technologie embarquée généreuse
L'équipement ne manque pas d'arguments : affichage tête haute, écran central de 14,6 pouces orientable permettant d'accéder à un espace de rangement dissimulé, et toute la connectivité attendue sur un véhicule moderne.
Le combiné d'instruments numériques de 5,3 pouces apparaît néanmoins réduit, héritage direct de la plateforme Volkswagen qui fait l'objet des mêmes critiques sur les modèles allemands.
Habitabilité et modularité
Avec un empattement de 2,77 mètres, l'espace aux places arrières s'avère généreux pour les jambes. En revanche, la ligne de toit plongeante impose de se baisser davantage que dans un Explorer pour accéder à la banquette.
Le coffre affiche une capacité de 572 litres en configuration normale, extensible à 1 510 litres une fois les dossiers arrière rabattus. De quoi envisager sereinement les grands départs en famille.
Un positionnement tarifaire cohérent
À 43 908 euros pour la version testée (avant application des éventuelles aides gouvernementales), le Capri se positionne dans une fourchette de prix cohérente au regard de ses dimensions, de son équipement et de ses prestations.
Et demain, une version vraiment sportive ?
Bonne nouvelle pour les puristes : Ford a officiellement laissé entendre qu'une déclinaison véritablement sportive du Capri pourrait voir le jour. Une perspective qui permettrait peut-être de réconcilier les inconditionnels du modèle original avec cette nouvelle interprétation.
Le verdict : au-delà de la polémique du nom
Faire abstraction de l'héritage qu'il porte permet d'évaluer ce véhicule pour ce qu'il est réellement : un SUV électrique spacieux, dynamiquement plaisant, correctement équipé et tarifé de manière appropriée pour son segment.
Certes, le design extérieur ne provoque pas forcément le coup de cœur immédiat et l'utilisation d'un nom mythique pour un véhicule aussi différent de l'original reste discutable. Mais sur le fond, Ford livre un produit électrique convaincant qui mérite d'être considéré sur ses propres mérites plutôt que jugé uniquement à l'aune de son illustre prédécesseur.
Les points forts
- Comportement routier efficace et équilibré
- Habitabilité généreuse, particulièrement aux places arrière
- Réglages châssis réussis entre confort et dynamisme
- Autonomie satisfaisante sur la version à batterie étendue
- Équipement technologique complet
Les axes d'amélioration
- Accès contraint à la seconde rangée
- Direction manquant de feeling et de précision
- Freinage au toucher perfectible
- Design extérieur qui divise
En définitive, le Ford Capri électrique parvient à s'imposer comme une alternative sérieuse sur le marché des SUV coupés électriques, même si son nom continuera probablement à alimenter les débats passionnés entre nostalgiques et pragmatiques.