Volkswagen tourne le dos aux prolongateurs d'autonomie : pourquoi l'hybride rechargeable reste roi en Europe

Volkswagen tourne le dos aux prolongateurs d'autonomie : pourquoi l'hybride rechargeable reste roi en Europe

Martin Rochard Actualités

Alors que la Chine s'enthousiasme pour les véhicules électriques équipés de prolongateurs d'autonomie, Volkswagen campe sur ses positions pour le marché européen. Le géant allemand privilégie résolument la technologie hybride rechargeable, estimant que les prolongateurs d'autonomie n'ont tout simplement « aucun sens » sur notre continent.

Un concept séduisant réservé au marché chinois

Le constructeur de Wolfsburg vient pourtant de dévoiler en Chine le concept ID. Era, un SUV électrique innovant offrant 300 kilomètres d'autonomie en mode 100% électrique. Grâce à son prolongateur d'autonomie - un moteur thermique servant de générateur électrique - ce véhicule peut parcourir jusqu'à 700 kilomètres supplémentaires, portant l'autonomie totale à plus de 1 000 kilomètres.

Malgré ces performances impressionnantes, Thomas Schäfer, patron de la marque, se montre catégorique concernant une éventuelle commercialisation européenne : « Là-bas, on s'y sent à l'aise dans la circulation, mais pour la conduite en Europe, je ne suis pas si sûr », a-t-il confié à nos confrères britanniques d'Auto Express.

Une technologie jugée inadaptée au contexte européen

Volkswagen avance plusieurs arguments pour justifier ce choix stratégique. Le premier concerne l'inadéquation entre les conditions de circulation chinoises et européennes. Pour le dirigeant allemand, le seul véritable exemple de prolongateur d'autonomie sur notre marché reste le Nissan Qashqai e-Power, dont le succès demeure limité.

Un équation économique défavorable

Au-delà des usages, c'est surtout la question financière qui pose problème. « La réglementation européenne sur les émissions de CO2 ne présente aucun avantage pour les prolongateurs d'autonomie. De plus, c'est une technologie coûteuse », explique Thomas Schäfer.

Kai Grünitz, directeur de la recherche et du développement chez Volkswagen, enfonce le clou avec une analyse sans concession : « Pourquoi associer une voiture électrique à un moteur thermique ? C'est le pire des deux mondes : une batterie volumineuse et coûteuse et un moteur thermique tout aussi coûteux. De plus, un prolongateur d'autonomie est toujours lourd, ce qui en fait un véhicule peu efficient. »

Le handicap fiscal français

Un élément déterminant dans cette équation concerne la fiscalité française et européenne. Sur notre territoire, une voiture équipée d'un prolongateur d'autonomie n'est pas considérée comme un véhicule électrique mais comme une hybride classique. Elle se trouve donc soumise à plusieurs taxes pénalisantes :

  • La taxe au poids, particulièrement importante pour ce type de véhicule
  • Le malus écologique, contrairement aux véhicules 100% électriques
  • Aucun bonus écologique à l'achat

L'hybride rechargeable comme solution privilégiée

Face à ces contraintes, Volkswagen maintient sa stratégie autour de l'hybride rechargeable pour le marché européen. Cette technologie, déjà déployée sur plusieurs modèles comme le Tiguan et le Tayron, offre selon le constructeur un meilleur compromis entre coût, efficience et réglementation.

Le groupe allemand mise également sur l'amélioration continue des batteries et des temps de recharge pour rendre les prolongateurs d'autonomie obsolètes. Avec des véhicules électriques capables d'offrir une grande autonomie et de se recharger rapidement, la nécessité d'embarquer un moteur thermique supplémentaire disparaît naturellement.

Une vision à contre-courant

Cette position tranchée intervient alors que plusieurs constructeurs chinois développent activement cette technologie pour conquérir le marché européen. Volkswagen fait le pari que les infrastructures de recharge et les progrès technologiques rendront cette solution caduque avant même qu'elle ne s'impose.

Le constructeur ne prévoit donc aucun lancement de véhicule à prolongateur d'autonomie en Europe, pas même sur ses SUV Tiguan et Tayron qui pourraient techniquement accueillir cette technologie. Un choix stratégique fort qui reflète la conviction de Volkswagen que l'avenir européen se jouera entre électrique pur et hybride rechargeable, sans zone grise intermédiaire.

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