Dans les rues brumeuses de Florence, par une matinée d'hiver à huit degrés, nous avons eu l'occasion de tester en conditions réelles le nouveau Toyota Urban Cruiser AWD électrique. Cette déclinaison haut de gamme du modèle né de la collaboration entre Toyota et Suzuki promet de bousculer le segment B des véhicules électriques avec ses 184 chevaux et sa traction intégrale.
Une proposition unique sur le marché des utilitaires électriques
Le Toyota Urban Cruiser AWD se distingue immédiatement par une caractéristique rare dans sa catégorie : la traction intégrale électrique. Avec ses deux moteurs synchrones - un sur chaque essieu - et une puissance combinée de 135 kW (184 CV), ce véhicule de 4,29 mètres affiche des ambitions qui dépassent largement celles de ses concurrents directs comme l'Opel Mokka Electric ou le Jeep Avenger électrique, tous deux limités à la traction avant.
Le couple instantané de 307 Nm et l'accélération de 0 à 100 km/h en 7,4 secondes témoignent d'un tempérament sportif inattendu pour un véhicule de cette taille. Sur le papier, l'équation semble séduisante.
Un design qui affirme son caractère
Visuellement, le Urban Cruiser ne passe pas inaperçu dans la circulation florentine. Son avant robuste, ses signatures lumineuses LED épurées et ses protections de bas de caisse en plastique noir lui confèrent une présence affirmée. La position de conduite légèrement surélevée offre la visibilité recherchée par les acheteurs de SUV compacts.
L'habitacle mérite des éloges pour son approche équilibrée entre modernité et praticité. Contrairement à certains constructeurs obsédés par le tout-tactile, Toyota a conservé des boutons physiques pour les fonctions essentielles. Les matériaux sont honnêtes, même si le plastique dur domine - une réalité incontournable dans ce segment tarifaire.
Un maître en modularité intérieure
La véritable star du véhicule reste son aménagement intérieur. Le coffre de 310 litres constitue une base correcte, mais c'est la banquette arrière coulissante qui impressionne véritablement. Avec ses 16 centimètres de débattement longitudinal, elle permet d'optimiser l'espace selon les besoins : privilégier le confort des passagers arrière ou maximiser le volume de chargement.
Les dossiers rabattables selon une configuration 40:20:40 et réglables en inclinaison ajoutent une flexibilité bienvenue pour les familles. Cette modularité intelligente compense largement les finitions basiques.
Les performances sur route : entre promesses et déceptions
Sur les routes sinueuses de Toscane, le Urban Cruiser AWD révèle sa double personnalité. Les accélérations sont franchement convaincantes, avec ce punch électrique caractéristique qui rend les dépassements sûrs et rapides. Le moteur arrière additionnel assure une motricité exemplaire en sortie de virage.
Cependant, le châssis trahit les ambitions du véhicule. Toyota a opté pour un réglage ferme qui transforme chaque imperfection routière en désagrément pour les occupants. Sur les routes toscanes parsemées de jointures transversales, l'inconfort devient palpable. Cette fermeté excessive semble inadaptée pour un SUV familial dont les acheteurs attendent prioritairement du confort.
Une capacité tout-terrain surestimée
Lors d'une incursion sur les chemins de terre entourant les vignobles toscans, le système de traction intégrale a démontré son efficacité. La répartition électronique du couple fonctionne parfaitement, éliminant tout patinage. Malheureusement, le garde-au-sol limité et la suspension trop rigide imposent une extrême prudence dès que l'asphalte disparaît.
La promesse d'un véhicule capable de sortir des sentiers battus reste donc largement théorique. Le Urban Cruiser AWD préfère clairement le bitume aux terrains accidentés.
Autonomie et recharge : les points faibles majeurs
C'est probablement sur l'efficacité énergétique que le bât blesse le plus. Équipé d'une batterie LFP (lithium-fer-phosphate) de 60 kWh nets, le véhicule annonce 395 kilomètres d'autonomie selon le cycle WLTP. La réalité s'avère nettement moins flatteuse.
Lors de notre parcours mixte - circulation urbaine dense, routes secondaires vallonnées et un bref segment autoroutier - la consommation moyenne a atteint 26 kWh aux 100 kilomètres. Ce chiffre, digne d'un SUV de segment supérieur, ramène l'autonomie réelle à environ 230 kilomètres dans ces conditions.
Des sessions de recharge interminables
La déception se poursuit à la borne de recharge. Avec une puissance maximale plafonnée à 67 kW en courant continu, il faut compter 45 minutes pour passer de 10 à 80% de charge. Des concurrents directs offrent des performances bien supérieures, certains dépassant les 100 kW.
Cette limitation, probablement liée à la chimie LFP choisie pour des raisons économiques ou à une gestion thermique trop prudente, pénalise lourdement l'expérience lors des longs trajets. Les pauses forcées de trois quarts d'heure deviennent rapidement frustrantes.
Le verdict final
Le Toyota Urban Cruiser AWD se présente comme un véhicule aux multiples facettes, malheureusement pas toutes réussies. Son design affirmé séduit, sa traction intégrale impressionne lors des accélérations, et sa modularité intérieure mérite des félicitations. Ces qualités réelles ne suffisent toutefois pas à compenser ses défauts structurels.
- Points forts : design attractif, traction intégrale efficace, habitacle modulable, commandes physiques préservées
- Points faibles : suspension trop ferme, consommation élevée, recharge lente, autonomie réelle décevante
Pour un usage strictement urbain et périurbain, avec accès à une recharge quotidienne, le Urban Cruiser AWD peut convenir. Mais son appellation même semble contradictoire : ce véhicule qui se veut "urbain" dispose d'équipements (traction intégrale, puissance élevée) qui suggèrent des ambitions plus larges, que ses performances réelles ne permettent pas d'atteindre.
Les acheteurs potentiels devront soigneusement évaluer si les 184 chevaux et la traction intégrale justifient les compromis sur le confort, l'efficience et la vitesse de recharge. Dans un marché des SUV électriques compacts de plus en plus compétitif, Toyota devra probablement affiner cette proposition pour véritablement convaincre.