Ford Mustang GTD : nous avons essayé le muscle car américain le plus extrême jamais créé

Martin Rochard Actualités

Dans l'univers des voitures de sport extrêmes, Ford vient de franchir un cap historique. Le constructeur américain a transformé son iconique Mustang en une véritable bête de course homologuée pour la route : le Mustang GTD. Nous avons eu l'opportunité exclusive de le piloter sur les routes allemandes, et l'expérience s'est révélée absolument spectaculaire.

Un développement européen pour un monstre américain

Si ce Mustang GTD porte l'ADN américain dans ses gènes, son développement final a étrangement bénéficié d'une contribution allemande significative. Les ingénieurs de Ford à Cologne ont participé activement aux derniers réglages de ce bolide, conscients que le Nürburgring et les routes sinueuses de l'Eifel constituent le terrain de jeu idéal pour une telle machine. Après tout, où ailleurs en Europe peut-on exploiter une vitesse maximale de 325 km/h sans risquer la prison ?

Contrairement aux Mustang conventionnelles assemblées à Flat Rock, le GTD suit un processus de fabrication radicalement différent. Le spécialiste canadien Multimatic prend en charge chaque exemplaire, dépouillant la carrosserie jusqu'au squelette avant de l'habiller intégralement en fibre de carbone.

Plus proche de la voiture de course que du véhicule de série

Comme l'a déclaré Jim Farley, PDG de Ford, lors de la présentation à Pebble Beach : "Ce n'est pas une voiture de route améliorée, mais une voiture de course laborieusement domestiquée". Cette philosophie se ressent dans chaque détail technique.

Une aérodynamique sans compromis

L'apparence du GTD frappe immédiatement :

  • Capot perforé de deux énormes prises d'air
  • Passages de roues élargis avec des évents de ventilation géants, montés sur des pneus de 325 mm à l'avant
  • Splitter avant agressif avec des volets réglables
  • Aileron arrière démesuré qui s'ajuste automatiquement selon l'accélération, le freinage et la direction
  • Échappement Akrapovic titanesque produisant une symphonie assourdissante

826 chevaux de pur muscle américain

Le cœur battant de ce monstre est un V8 de 5,2 litres suralimenté par compresseur, directement issu des programmes de compétition Ford. Les chiffres donnent le vertige : 826 chevaux et plus de 900 Nm de couple. Une puissance telle que les ingénieurs ont dû renforcer l'ensemble du système de refroidissement et d'alimentation en carburant pour éviter toute défaillance à pleine charge.

Cette mécanique fait officiellement du GTD le Mustang de route le plus puissant et le plus rapide jamais construit. La transmission s'effectue via une boîte à double embrayage à huit rapports, positionnée à l'arrière pour optimiser la répartition des masses. Cette configuration sacrifie totalement le coffre, et les sièges arrière ont également été supprimés.

Des composants dignes de la compétition

  • Jantes en magnésium chaussées de pneumatiques Cup R
  • Freins à disques carbone
  • Suspension Multimatic à amortisseurs hydrauliques régulés
  • Arbre de transmission en fibre de carbone
  • Radiateur dédié au refroidissement de la boîte de vitesses

Sur la route : entre confort surprenant et brutalité sans limite

Contrairement à ce que son apparence agressive pourrait laisser penser, le GTD se montre étonnamment civilisé en usage quotidien. Sur autoroute, il maintient sans effort une allure de plus de 250 km/h, glissant avec autorité sur la voie de gauche. Son apparence intimidante suffit généralement à dégager le passage.

Mais la transformation s'opère dès l'activation du mode Sport, et plus encore en mode Race. Ce dernier, accessible uniquement à l'arrêt, abaisse instantanément le châssis de quatre centimètres. Le Mustang se métamorphose alors en prédateur affamé d'asphalte.

Performance et précision redoutables

Les sensations au volant sont électrisantes. Les pneus quasi-slicks se collent littéralement à la route tandis que l'appui aérodynamique plaque la voiture au sol avec une force phénoménale. Le 0 à 100 km/h est expédié en un peu plus de trois secondes, mais c'est surtout la capacité à enchaîner virages serrés et accélérations brutales qui impressionne.

Malgré sa puissance démesurée, le GTD ne se montre pas indomptable. La direction répond avec précision aux sollicitations les plus subtiles, sans nécessiter une lutte constante. Certes, il reste plus brutal qu'un supercar européen, mais cette approche directe et viscérale fait partie de son charme américain assumé.

Un habitacle en retrait par rapport aux prestations

Si l'extérieur et la mécanique relèvent de la haute technologie, l'intérieur déçoit quelque peu. À l'exception de nouveaux graphismes numériques et de sièges Recaro légèrement plus enveloppants, peu de choses distinguent l'habitacle d'un Mustang standard.

Pour une voiture facturée plus de 360 000 euros, on aurait légitimement espéré davantage qu'un plastique imitation carbone et des commandes peu valorisantes, même pour des fonctions critiques comme le mode Track ou le Launch Control. La plaque numérotée en plastique gravé semble presque déplacée.

Des options premium disponibles

Ford propose néanmoins des améliorations moyennant supplément :

  • Palettes de changement de vitesses et sélecteur en titane, récupéré auprès de l'US Air Force depuis d'anciens chasseurs F-22
  • Une fenêtre arrière transparente permettant d'admirer les éléments hydrauliques anodisés de la suspension Multimatic

Record au Nürburgring : une fierté américaine

Le GTD a marqué l'histoire en devenant la première voiture américaine à boucler un tour de Nordschleife en moins de sept minutes. Une performance symbolique qui démontre que les constructeurs américains peuvent rivaliser avec les références européennes sur leur propre terrain, même si Corvette a rapidement répliqué avec un chrono légèrement meilleur.

Ce Mustang GTD représente probablement l'ultime expression du muscle car à moteur thermique. Dans un contexte d'électrification croissante, il incarne une espèce en voie de disparition : celle des V8 atmosphériques délirants, sans concession ni remords écologiques. Un dernier rugissement de liberté avant l'ère du silence électrique.

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