Le monde de l'automobile électrique vient d'essuyer un nouveau revers majeur. Le projet Afeela, fruit d'une collaboration ambitieuse entre le géant japonais de l'électronique Sony et le constructeur automobile Honda, ne verra finalement jamais le jour. Une annonce qui fait l'effet d'une bombe dans l'industrie et qui illustre les difficultés actuelles du secteur électrique.
Une aventure qui s'achève avant même d'avoir commencé
Présenté en grande pompe lors du CES 2022 de Las Vegas, le projet Afeela incarnait une vision futuriste de la mobilité électrique. Cette joint-venture inédite entre deux mastodontes japonais promettait de bouleverser les codes de l'industrie automobile en mariant l'expertise technologique de Sony avec le savoir-faire industriel de Honda.
La gamme devait comprendre une berline électrique baptisée Afeela 1, suivie quelques années plus tard d'un SUV. Malgré un développement avancé et des milliers de précommandes enregistrées, aucun de ces véhicules ne sera finalement produit. L'ensemble des clients ayant versé des acomptes seront intégralement remboursés.
Un prix prohibitif dans un marché en perte de vitesse
L'Afeela 1 était annoncée au tarif astronomique de 90 000 dollars, soit environ 83 000 euros. Un positionnement premium qui plaçait ce modèle en concurrence directe avec des références établies comme la Mercedes EQS ou la BMW i7 sur le marché européen.
Mais ce prix élevé illustre justement l'une des principales problématiques du secteur : les coûts de production des véhicules électriques restent considérables, rendant la rentabilité difficile à atteindre pour les constructeurs. Une équation d'autant plus complexe que la demande stagne depuis plusieurs mois.
Honda revoit entièrement sa stratégie électrique
Cette décision s'inscrit dans un repositionnement global de Honda sur le segment électrique. Le constructeur japonais a récemment annoncé un gel de plusieurs programmes de développement de véhicules électriques, préférant se recentrer sur des projets jugés plus rentables à court terme.
Les raisons de ce revirement stratégique sont multiples :
- Une demande en berne pour les véhicules 100% électriques sur de nombreux marchés
- La réduction progressive des aides publiques à l'achat en Europe et ailleurs
- Une rentabilité économique insuffisante malgré des investissements colossaux
- Une concurrence féroce, notamment de la part des constructeurs chinois
- Des coûts de batteries qui restent obstinément élevés
Des technologies prometteuses qui ne verront jamais le bitume
L'abandon du projet Afeela est d'autant plus regrettable que le véhicule devait intégrer des innovations technologiques particulièrement intéressantes. Sony avait mis à profit son expertise en électronique grand public pour développer des systèmes avancés de sécurité et de confort.
Parmi les fonctionnalités annoncées figuraient notamment un système de détection de fatigue du conducteur particulièrement sophistiqué, un contrôle intelligent du bouclage des ceintures de sécurité, ou encore une interface de divertissement à bord révolutionnaire tirant parti du savoir-faire de Sony en matière audiovisuelle.
Un partenariat qui ne survit pas sans Honda
Si Sony pourrait théoriquement poursuivre l'aventure automobile avec un autre partenaire, l'arrêt du projet Afeela marque vraisemblablement la fin de cette incursion dans le monde de la voiture. Sans accès à une plateforme industrielle automobile éprouvée comme celle de Honda, le géant japonais ne dispose pas des moyens de produire seul un véhicule complet.
Un symptôme des difficultés du secteur électrique
L'échec d'Afeela n'est malheureusement pas un cas isolé. Plusieurs constructeurs et nouveaux entrants ont récemment dû revoir leurs ambitions électriques à la baisse. Le marché européen, qui représentait le principal espoir de croissance, montre des signes d'essoufflement avec une progression des ventes bien inférieure aux prévisions.
En France particulièrement, la fin annoncée du bonus écologique pour les véhicules les plus chers a refroidi l'enthousiasme des acheteurs potentiels dans le segment premium où se positionnait l'Afeela. Un contexte défavorable qui a sans doute pesé dans la décision finale de Honda d'abandonner le programme.
Cette annonce pose également la question de l'avenir des collaborations entre constructeurs traditionnels et géants de la technologie, un modèle qui semblait prometteur il y a encore quelques années mais qui peine désormais à trouver sa rentabilité.