Alors que l'industrie automobile mondiale semble avoir fait le choix quasi exclusif de l'électrification, BMW ose une stratégie différente. Le constructeur bavarois vient de dévoiler les résultats d'une étude ambitieuse qui pourrait bouleverser les certitudes : les carburants renouvelables constitueraient une alternative crédible au pétrole ET à l'électrique pour faire rouler nos véhicules thermiques jusqu'en 2040 et au-delà.
Une étude scientifique qui change la donne
BMW n'a pas mené cette recherche seul. Le géant allemand s'est associé à trois institutions de référence : le prestigieux Institut de technologie de Karlsruhe, le Centre allemand de recherche sur la biomasse et le bureau d'ingénierie Freyberger. Leur objectif commun ? Évaluer avec précision le potentiel réel des carburants renouvelables à l'échelle européenne.
Les conclusions sont spectaculaires : selon leurs calculs, l'Europe disposerait des ressources nécessaires pour produire jusqu'à 107% de la demande totale du parc automobile. Autrement dit, un surplus de production serait même envisageable, dépassant largement les besoins des automobilistes.
Des ressources sous-exploitées aux portes de l'Europe
Contrairement aux idées reçues, les carburants renouvelables ne se limitent pas aux huiles de friture recyclées. Cette source ne représente actuellement qu'un modeste 1% du potentiel total. Les 99% restants se cachent ailleurs :
- Les résidus agricoles issus des cultures européennes
- Les déchets organiques produits quotidiennement
- Les sous-produits forestiers et sylvicoles
- D'autres ressources biomasse disponibles sur le territoire européen
Ces matières premières, actuellement peu ou pas valorisées, constituent un gisement considérable qui dort aux portes de nos exploitations agricoles et de nos centres de traitement des déchets.
L'électrique perd de son aura
Cette annonce intervient dans un contexte particulier pour l'industrie automobile. Après des années d'enthousiasme unanime pour la mobilité électrique, les constructeurs affichent désormais plus de prudence. Les ventes de véhicules électriques peinent à décoller comme prévu, l'autonomie reste un frein psychologique majeur, et les infrastructures de recharge demeurent insuffisantes dans de nombreuses régions françaises et européennes.
BMW rejoint ainsi d'autres marques qui diversifient leur stratégie énergétique plutôt que de miser exclusivement sur les batteries. Une approche pragmatique qui reconnaît qu'aucune solution unique ne s'imposera probablement dans les décennies à venir.
Des obstacles de taille à surmonter
Malgré ce potentiel prometteur, le chemin vers une production massive de carburants renouvelables reste semé d'embûches. Le premier défi concerne la logistique de collecte. Comment rassembler efficacement des ressources dispersées aux quatre coins du continent ? Le coût de cette centralisation pourrait s'avérer prohibitif sans organisation rigoureuse.
Second obstacle majeur : la concurrence intersectorielle. L'automobile n'est pas seule à convoiter ces carburants verts. L'aviation civile et l'industrie lourde se tournent également vers ces solutions durables pour décarboner leurs activités. Une course aux ressources pourrait donc s'engager, avec des tensions sur les prix et les volumes disponibles.
Une vision à long terme pour le thermique
En explorant sérieusement cette piste, BMW pose une question fondamentale : faut-il vraiment abandonner complètement le moteur thermique ? Pour le constructeur munichois, la réponse est non, à condition de l'alimenter différemment. Les carburants renouvelables permettraient de conserver les avantages du thermique – autonomie, temps de ravitaillement rapide, infrastructures existantes – tout en éliminant la dépendance au pétrole.
Cette stratégie présente aussi un avantage économique non négligeable : elle permettrait de prolonger la durée de vie des motorisations thermiques existantes et de préserver des milliers d'emplois dans les filières traditionnelles de l'automobile européenne.
Et la France dans tout ça ?
Avec son importante surface agricole et ses capacités de production de biomasse, la France pourrait jouer un rôle central dans cette transition. Le pays dispose d'atouts considérables pour devenir un acteur majeur de la production de carburants renouvelables, tout en contribuant à l'indépendance énergétique européenne.
Reste à savoir si les pouvoirs publics français soutiendront cette filière avec autant de vigueur que l'électrique, ou si BMW et ses partenaires devront convaincre seuls de la pertinence de cette troisième voie pour l'avenir de l'automobile.